La BCE en mode bitcoin.

 

La nouvelle est revenue sur les devants de la scène mi-décembre dans les principaux médias d’information: la BCE réfléchit à une opération d’envergure du type monnaie hélicoptère. Il s’agit de distribuer directement de l’argent aux citoyens sans passer par les banques. Dans le monde anglo-saxon, on définit ce concept Quantitative Easing for People ou en abrégé QE4People. Ce n’est rien de plus que de la bonne vieille planche à billets et donc de la création d’argent ex-nihilo, seulement les destinataires changent et l’argent va directement dans votre poche, sans passer par des intermédiaires, qu’ils soient des banques ou des Etats.

Emettre de l’argent sans passer par des institutions? Cela semble familier dans notre crypto-monde: bah oui, c’est la base même du bitcoin.

Le but de cette opération hélicoptère est de favoriser … non je crois que le bon terme est plutôt déclencher ou même obtenir aux forceps, une reprise qui reste réfractaire aux soins intensifs des banques centrales. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé: la planche à billets n’a jamais tourné autant que de nos jours et nous sommes même arrivés au paradoxe d’avoir des taux d’emprunt négatifs. Cela n’y fait rien: l’inflation est toujours au plus bas et la reprise tarde à venir.

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Lorsque la BCE crée de l’argent, elle le donne en grande partie aux banques. Le problème vient du fait que celles-ci restent frileuses à cause de la morosité dans les affaires ainsi que des taux très bas, et elles ne ré-injectent pas autant qu’il faudrait cet argent dans le circuit de l’économie réelle (PME, PMI, prêts immobiliers…). Souvent on préfère inonder les marchés financiers d’actions, puisque là est le plus grand espoir de gain. Ainsi c’est le chien qui se mord la queue: la morosité bloque les banques qui bloquent la circulation de l’argent, ce qui crée la morosité…

D’où, vraisemblablement, l’idée de la BCE de faire un test pour bypasser les banques.

Dans cet article du Nouvel Obs, on lit par exemple: « La monnaie hélicoptère, c’est l’idée de distribuer directement aux acteurs économiques (à commencer par les citoyens) de la monnaie créée par la Banque centrale, plutôt que de la flécher vers les SABLES MOUVANTS  des circuits bancaires …  Au moins, on évitait la case Etat et SES DISTORSIONS…  » 

Toujours est-il que beaucoup d’argent que nous, citoyens, devrons un jour rembourser à la BCE, sert à une poignée de traders dans le monde et que Monsieur Lambda a la désagréable sensation d’être au centre d’une table de Monopoly (les plus pessimistes dans la case prison). Le corollaire est qu’on mesure la santé de l’économie à ce qui se passe sur le CAC40 alors que les événements boursiers restent assez loin de la vie réelle des petites et moyennes entreprises.

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Selon les calculs de Nordea, la première banque scandinave, la BCE pourrait se permettre d’allouer 444 milliards d’euros pour cette distribution d’espèces directement aux consommateurs. Puisque le nombre de résidents de la zone EURO avoisine les 340 millions, on distribuerait environ 1.300€ à chaque foyer fiscal. Ce joli cadeau peut être effectué en espèces par virement sur les comptes bancaires, via l’achat d’obligations d’État ou encore via le financement de réductions d’impôts.

Qui ne voudrait pas recevoir (directement ou indirectement) un chèque de 1.300 euros? Mais en considérant la question sous une perspective plus large, on saisit les implications qui sont derrière. D’abord, beaucoup d’économistes sont contraires à cette mesure qui ne reste qu’un palliatif, comme le dit le fameux proverbe: « Donne un poisson à un homme, tu le nourris pour un jour.  Apprends-lui à pêcher, il se nourrira toute sa vie« . Mais surtout cette opération créerait un précédent de des-intermédiation vis-à-vis des banques et des Etats qui pourrait laisser des traces.

En revenant au bitcoin, nous constatons ainsi une situation paradoxale:

  • Les sommets de l’institution monétaire européenne créent de l’argent from scratch et envisagent de ne pas passer par les banques et les Etats.
  • Les mêmes institutions veulent réguler le bitcoin parce qu’il crée de l’argent from scratch sans passer par les banques et les Etats.

Notons au passage que le montant de cette opération (444 milliards) est à ce jour presque 38 fois la capitalisation du bitcoin. Notons aussi que la distribution de ce montant est prévue seulement en Europe alors que le bitcoin arrose toute la planète.

Certes, l’analogie n’est pas parfaite: l’émission de la BCE respecte le NYC et est voulue par une institution, par exemple, mais le particulier qui se voit parachuter chez lui de l’argent sonnant et trébuchant risque de ne pas saisir toutes les différences entre le mining du bitcoin et le mécanisme de création de l’argent institutionnel. Lui, ce qui l’intéresse, est d’avoir une monnaie stable et fiable dans le temps, sa provenance restant une question secondaire.

Ainsi, modulo la très faible capitalisation du bitcoin  par rapport à l’économie mondiale, je crois qu’à la fin le critère déterminant sera uniquement la confiance des gens dans une forme d’émission plutôt qu’une autre.

Si un ordinateur quantique arrivait à forcer le bitcoin, ou si celui-ci se faisait dépasser par d’autres cryptomonnaies plus performantes, personne ne s’intéresserait davantage à son émission d’argent.

De la même manière, si la zone euro s’effondre personne n’aurait plus confiance dans la monnaie commune. L’Italie est par exemple à un pas de l’Italexit après que, pour la quatrième fois en 10 ans, on lui impose un premier ministre technique, élu par personne. Imaginez si en France on avait eu les 4 derniers présidents non élus, mais imposés par des sphères d’influence diverses et variées…

 

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Si la zone euro se cherche, le bitcoin, lui, se porte très bien, surtout en ce début d’année.

Le magazine Forbes vient de le comparer à l’or en se demandant s’il ne vaut pas mieux posséder de l’or digital plutôt que de l’or physique.

Le Virgin Media Business, dans sa 20ème édition anniversaire, a nommé Blockchain.info, un des plus importants portefeuilles Bitcoin, l’une des 10 entreprises les plus innovantes au Royaume-Uni.

La banque Saxo vient de prédire que le cours du bitcoin dépassera les 2000€ en 2017: + 200% en vue.

La situation sur le cours a été assez explosive pour les fêtes de fin d’année avec plusieurs indicateurs de l’analyse technique qui suggéraient une prochaine forte montée. Notamment, le canal Donchian, titillé chaque jour un peu plus, avec un cours qui a touché des valeurs max enregistrées depuis bientôt 3 ans.

Malgré cette effervescence, le cours s’est aussi stabilisé en 2016 du côté de la volatilité qui est à reste sur les 12 mois légèrement inférieure à celle du pétrole et nettement plus stable que celle d’une action standard, comme Tweeter.

Mais il est difficile de croire que cela va durer: si vous connaissez un peu l’analyse technique vous pouvez lire cet article concernant les Eliott Waves appliquées au cours BTC. On y parle d’un 5ème wave à 33.000 dollars… C »est hypothétique et sans doute pour du très long terme, mais pas impossible.

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L’e-commerce via bitcoin se porte aussi très bien et continue d’augmenter.

Le nombre de commerces qui acceptent le Bitcoin a augmenté de 4.6 fois au Japon.

Sonny Singh, le directeur commercial de BitPay a déclaré que le site vient de constater une augmentation de la croissance de 1800% en volume  qui, en grande partie, est due à des réseaux d’affiliation comme Amazon ou Google AdWords, toujours plus nombreux à adopter le bitcoin. Les avantages sont évidents: un paiement peut être envoyé à quelqu’un en France aussi facilement qu’au fond de l’Afrique, sans besoin de compte bancaire et pour une commission de quelques centièmes d’euros. 

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Le bitcoin est ici pour rester et cette nouvelle d’une probable opération hélicoptère rend, à mes yeux, encore plus difficile son éventuelle interdiction. En voulant bypasser, ne serait-ce qu’une fois, les institutions qui la séparent du peuple, la BCE quelque part se bitcoinise. C’est un fait et cela serait aussi et surtout un précédent indélébile.

Encore une fois, mise à part la très faible capitalisation du bitcoin par rapport à l’économie mondiale, deux options se profilent à long terme:

  1. une création d’argent stable, connue publiquement et 100% prévisible sous forme d’une crypto-monnaie, comme le fait le protocole bitcoin.
  2. une création d’argent capricieuse et aléatoire en guise de pansements toujours plus gros et plus lourds qui endettent les générations à venir, décidée par un petit nombre de techniciens experts.

Peut-être qu’un jour, le fait de passer au bitcoin sera perçu comme une action éco-responsable (éco = ECONOMIE). Espérons que cela ne soit pas aussi la seule action possible!

 

 

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